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Les "tribunations" de Frankie |
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Frankie s'est réveillée avec la gueule de bois et un brin mélancolique. Cette nuit, elle a fait un saut dans le temps et s'est retrouvée, buvant du vin, en compagnie d'un des plus célèbres poètes perses : Omar Khayyâm. Et pendant qu'il lui récitait quelques quatrains de sa composition, Frankie s'est prise à rêver qu'elle se prénommait Djihanne. Né en 1048 à Nichapour (actuellement l'Iran), ce libre penseur - dont la vie est indissociable des mouvements qui agitent alors le Moyen-Orient, entre instauration de la religion musulmane et domination des seldjoukes turcs, - est aussi philosophe, astronome de génie, mathématicien visionnaire, et l'auteur de centaines de Rubaïyat, quatrains parfois désabusés où il chante la vie, les femmes et le vin. La première traduction nous vient d'Edward Fitzgerald, en 1850. Une des difficultés majeures à laquelle l'écrivain se heurta, fut de distinguer le vrai du faux, car plus de mille poèmes sont attribués à Khayyâm. Fitzgerald finit par en retenir cent soixante-dix et livra au public une traduction considérée aujourd'hui comme un chef-d'œuvre de la littérature anglo-saxonne. Que Frankie ait passé la nuit avec Khayyâm va rendre jaloux toutes celles et ceux qui ont lu "Samarcande", la biographie romancée du poète. Amin Maalouf y raconte l’histoire d’un manuscrit égaré lors des invasions mongoles et retrouvé des siècles plus tard. Dévoiler davantage l'intrigue serait trahir ce merveilleux roman qui se doit d'être découvert page après page, chapitre après chapitre, tant la quête de ce manuscrit mérite qu'on en suive, le cœur battant, tous les méandres, sous la plume enchanteresse de l'auteur libanais. On raconte que Marguerite Yourcenar était fascinée par deux personnages historiques : l'empereur Hadrien et Omar Khayyâm. Elle fit la biographie du premier, laissant le champ libre à un autre écrivain pour rendre hommage au second. Et lorsqu'un homme de talent tel qu'Amin Maalouf se met au service d'un personnage tel qu'Omar Khayyam pour nous parler de la dimension de sa vie et de son manuscrit perdu, il n'y a que deux choses à faire, lire le roman du premier et savourer quelques Rubaïyat du second. La distance qui sépare l'incrédulité de la foi n'est qu'un souffle, Mon tour d'existence s'est écoulé en quelques jours. Tant qu'il me restera un souffle de vie, il y a 2 jours dont je ne m'inquiéterai pas La personne sur qui tu t'appuies avec le plus de sûreté, si tu ouvres les yeux de l'intelligence, tu verras en elle ton ennemi. Il vaut mieux, par le temps qui court, rechercher peu les amis. La conversation des hommes d'aujourd'hui n'est bonne que de loin. (Quatrain n° 45) N'impute pas à la roue des cieux tout le bien et tout le mal
D'abord, il m'a donné l'être sans mon assentiment, Vois-tu ces deux ou trois imbéciles qui tiennent le monde Dans les régions de l'âme, il faut marcher avec discernement ; Ce monde n'a retiré aucun avantage de ma venue ici-bas. De gloire et sa dignité n'ont également rien gagné à mon départ. Mes deux oreilles n'ont jamais entendu dire à personne pourquoi l'on m'y a fait venir, pourquoi l'on m'en fait sortir. (Quatrain 95) Restreins tes désirs, si tu veux être heureux ; Quel est l'homme ici-bas qui n'a point commis de péché, dis ? et qui doivent être mises au nombre des plus importantes révélations : c'est de ne point manger de tout ce qui se mange, c'est de se tenir à l'écart de tout ce qui vit. (Quatrain n° 171)
© 24/12/06 |
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"Quand on a vécu au Liban, la première religion que l'on a, c'est la religion de la coexistence." Amin Maalouf |