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Les "tribunations" de Frankie |
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Cette nuit, Frankie a rêvé qu'elle volait si haut qu'elle pouvait presque toucher le soleil. Par chance, elle ne fut point brûlée, car à l'instant où elle s'approcha un peu trop près de l'astre flamboyant, un fil la tira en arrière et la ramena sur la terre ferme. Au réveil, cela lui fit penser au fil d'Ariane et, forcément, à Icare, fils désobéissant de Dédale, dont le sort, hélas funeste, est connu de tous. Dédale était cet architecte athénien qui, ayant fui son pays, trouva refuge en Crète. A la demande de l'épouse du roi Minos, il fabriqua une vache en bois destinée à leurrer le taureau blanc auquel Pasiphaé voulait s'accoupler. C'est ainsi que naquit le Minotaure, créature hybride au corps d'homme et au faciès de mammifère. Minos exigea de l'architecte qu'il construise un Labyrinthe aux fins d'y emprisonner le monstre. Thésée défia le roi, prétendant entrer dans la demeure aux détours tortueux, exterminer le Minotaure, et en ressortir sain et sauf. Le petit malin séduisit Ariane, fille de Minos, afin qu'elle obtînt de Dédale la solution pour s'évader de la geôle inextricable. Ainsi, au moyen d'une pelote de fil qu'il dévida derrière lui, l'Athénien gagna son pari. Le roi Minos, convaincu qu'il n'avait pu réussir cet exploit sans l'aide de Dédale, fit emprisonner l'architecte et son fils dans le Labyrinthe. Cela s'avéra un excellent plan car, sans indication, même son auteur ne pouvait en deviner l'issue. Mais le grand inventeur n'était pas en peine pour si peu. Il dit à Icare : « La fuite peut être entravée par la terre et par l'eau, mais l'air et le ciel sont libres, c'est par là que nous irons : que Minos possède tout, il ne possède pas le ciel. » Dédale confectionna deux paires d'ailes au moyen de cire et de plumes, les fixa à leurs épaules, tout en recommandant à Icare de ne pas s'élever haut sur la mer, sous peine de voir ses ailes se détacher. Tous deux, légèrement et sans effort, quittèrent la Crète par les airs ; le merveilleux pouvoir grisa l'adolescent qui, oubliant les recommandations de son père, monta de plus en plus haut dans le ciel. La cire de ses ailes fondit sous l'effet des rayons ardents, et il tomba dans la mer où les eaux se refermèrent sur lui. Sachez, pour la petite histoire, qu'en contrepartie de son aide, Ariane avait obtenu de Thésée la promesse de l'épouser. Toutefois, celui-ci, lui préférant sa sœur Phèdre, l'abandonna sur l'île de Dia. Ariane quitta finalement l'île pour suivre le dieu Dionysos, à Lemnos. Selon d'autres traditions, elle mourut de chagrin ou fut mise à mort par Artémis à la demande de Dionysos. C'est la version d'Homère, reprise par Racine dans ses fameux vers (Phèdre, I, 3) : « Ariane, ma sœur ! de quel amour blessée, Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! » Une autre version prétend qu'en raison d'une tempête qui sévissait, Thésée serait parti pour ne pas mettre l'équipage en danger. Les dieux, en châtiment pour sa trahison envers Ariane, provoquèrent une amnésie chez l'Athénien qui oublia de changer la couleur des voiles, symbole de victoire sur le Minotaure. Egée, père du héros, à la vue des voiles noires, signe de deuil et d'échec, se jeta dans la mer qui, désormais, porte son nom. En fin de compte, nous devons le fil conducteur à Ariane, au sens propre (en plongée sous-marine), comme au sens figuré, (en ergonomie) et, plus particulièrement de nos jours, dans le domaine de la conception d'interfaces informatiques : un fil d'Ariane, aussi appelé "chemin de fer" (breadcrumbs en anglais, allusion aux miettes de pain utilisées par le Petit Poucet)est une aide à la navigation sous forme de signalisation, (par exemple l'arborescence des rubriques que l'on a traversées depuis la page d'accueil d'un site web). Toujours en référence au mythe, la fusée européenne porte son nom. Revenons à nos deux héros. Il existe une version plus prosaïque de la légende. Selon le voyageur grec Pausanias, Icare et son père fuient la Crète dans de petites nefs - Dédale ayant inventé, à cette fin, le principe de la voile jusqu'alors inconnu des hommes -. Mais Icare, navigateur maladroit, fait naufrage au large de Samos. Son corps est trouvé sur les rives de l'île par Héraclès qui lui donne une sépulture, rebaptisant Samos et la mer alentour du nom du défunt, Icarie. Cette tradition, moins fameuse mais largement répandue, qui souligne que Dédale et Icare se seraient enfuis par la mer, et non par les airs, s'appuie également sur la présence du bateau dans le tableau de Breughel, en allusion à cette version alternative et toute rationnelle du mythe. Si le mythe d'Icare aborde le thème de la relation père-fils, ainsi que le désir de l'homme d'aller toujours plus loin, au risque de se retrouver face à sa condition de simple être humain, nous sommes loin de la banale histoire d'indiscipline filiale. Ce récit appartient aux mythes de transgressions qui impliquent l'audace des hommes à dépasser les limites qui leur sont imposées par les dieux. En l'occurrence, il s'agit pour les hommes de violer des espaces, plus particulièrement les espaces aériens que les dieux se sont réservés lors de la répartition du monde. C'est donc à leurs risques et périls qu'ils construisent des machines que l'interdit rend dangereuses. En cela, l'histoire de Dédale et de son fils est voisin du mythe des Argonautes qui se rendirent coupables d'avoir fabriqué le premier bateau, prenant le risque de naviguer dans les territoires propres aux divinités marines. Du reste, le vocabulaire et les images utilisés par Ovide pour raconter l'envol de Dédale et Icare (Métamorphoses, VIII, 183-235) empruntent à l'univers de la navigation. Plusieurs commentateurs ont fait observer que la disposition, l'assemblage, la courbure des ailes n'étaient pas sans rappeler les étapes de la construction de la carène d'un bateau. Pour rejoindre Athènes, Dédale se dirige d'abord, sans doute comme le ferait tout marin, vers le Nord-Est et l'Asie Mineure afin d'éviter les vents dominants qui, en Méditerranée, soufflent la plupart du temps du Nord vers le Sud, gênant toute navigation Sud-Nord. S'il était facile d'aller en Crète depuis Athènes, en revanche, le retour imposait aux Anciens un long périple par l'Est ; de plus, comme l'aurait fait un bateau dans l'antiquité, les voyageurs ont longé les côtes, suivi les îles et gardé la terre en vue, tant que cela leur était possible. Dans ce contexte, le fait que la chute d'Icare intervienne dans la mer, et non sur la terre, n'est pas anodin. Il expie sa transgression des espaces célestes par une mort dans les espaces marins, comme si les dieux voulaient souligner qu'il a d'abord commis une faute d'impiété avant de commettre une faute d'indiscipline. L'enjeu de la transgression est reconnu par Dédale lui-même : « Excuse mon entreprise, Jupiter, toi qui règnes dans les cieux. Ce que je veux, ce n'est pas violer la région des astres ; mais pour fuir un maître, je n'ai pas d'autre voie que ton domaine. Si le Styx m'offrait une route, nous passerions à la nage les eaux du Styx. Je suis contraint de modifier les conditions de ma nature. » Si les activités du vol et de la navigation sont certes distinctes, elles sont néanmoins réfléchies à travers un modèle intellectuel identique, un système de représentation commune qui, dans l'imaginaire mythologique, signifiait la manifestation de l'audace humaine à vouloir construire des machines destinés à violer des territoires interdits, et accroître ainsi sa maîtrise sur le monde.La recommandation de Dédale résume bien le statut de l'homme, invité à tenir sa conduite entre deux excès contraires, selon la définition antique de la vertu, telle que nous la livre Horace : « Virtus est medium uitiorum et utrimque reductum » soit : « La vertu est le milieu entre deux vices, à égale distance de l'un et de l'autre ». L'homme ordinaire ne s'y trompe pas. Il manifeste sa stupéfaction devant ce prodige d'un orgueil inouï. Restés sur terre, les hommes observent deux des leurs occupés à s'emparer d'une route qui les conduira dans la partie du ciel réservée au séjour habituel des dieux. Ces représentations ne sont pas sans ambiguïté, lorsque l'on sait qu'Athéna, déesse technicienne, protectrice des métiers du bois et des pilotes de navire, comme Ulysse autrefois, a elle-même participé à la construction du bateau des Argonautes. Frankie est certaine que vous aurez saisi la signification de son rêve et, fatalement, de sa chronique. En ces temps incertains, tout comme dans la mythologie, il n'est question que d'implications humaines. |
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"Je ne sais pas même s’il serait de l’intérêt des Dieux |