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Les "tribunations" de Frankie |
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Dans les récits d'Edith Wharton, tout comme ceux d’Henry James, son maître et fidèle correspondant, on a le sentiment que la plus grande aventure que vivent ses personnages consiste à passer d’une pièce à une autre. Pourtant ses admirateurs se nommaient London, Conrad et Francis Scott Fitzgerald, des écrivains pour qui l’aventure signifiait plus que cela. Leurs points communs : l’attention portée au style, les tempêtes qui se devinent sous le crâne de leurs héros et provoquent soit l’acte violent, soit un silence encore plus violent... Et il n'y a pas de meilleur exemple que le film de Scorsese, adapté de son roman éponyme, pour en disséquer tous les méandres. Dans le New York de 1870, puritain et élitiste, Newland Archer est sur le point de se fiancer avec la très policée May Welland, dans le but d’unir leurs deux familles. Mais son amour illégitime pour la troublante comtesse Olenska, décriée par tous pour son anti-conformisme, va ébranler la haute société. Dans cette fresque intimiste et d'une sensibilité rare, Scorsese, avec ses qualités d'anthropologue qu'on lui connaît, nous livre une étude ciselée des codes et des traditions d'un "monde" en apparence paisible mais qui s'avère aussi perfide et cruel que certains milieux maffieux chers au réalisateur. A l'aide d'anecdotes finement choisies et avec cette subtilité et cet humour noir qui le caractérisent, Scorsese nous donne un film - proche du mode documentaire - qui nous emmène au coeur d'une société oubliée, là où les émotions sont cachées, refoulées et où les personnages se voient contraints d'accumuler les actes manqués. Le temps de l'innocence est une histoire violente : on n'y abat pas les victimes d'un coup de revolver mais on les élimine socialement de la pire façon qui soit : en les éradiquant. C’est d’ailleurs tout ce qui fait la différence entre Newland Archer et la comtesse Olenska. Si Archer conteste les règles en privé, il n’osera jamais s’insurger en public, de peur de se faire expulser à jamais. C’est dans la lâcheté et le mensonge qu’il préférera mener son existence, aux côtés de la très belle mais très superficielle May Welland, passant ainsi à côté de de sa vie. Agé et résigné, la fin de son existence se résumera à se souvenir d'un coucher de soleil, image poignante d'un temps où le choix était à porté de main. Dernière image du film, douce amère comme un coucher de soleil un soir d'automne. Des thèmes que Scorsese connaît bien, comme le sentiment de culpabilité, la répression du désir et l’amour insatisfait. Daniel Day-Lewis, en dandy brimé, délivre ici une performance exceptionnelle. Ecorché vif, il porte sur ses épaules l’un des personnages du cinéma les plus complexes de ces dix dernières années. Et Michelle Pfeiffer, avec qui il forme un couple inoubliable mais utopique, a obtenu ici le rôle le plus intéressant de sa carrière. Il n’était pourtant pas aisé d’adapter l’une des œuvres les plus respectées du début du siècle et jugée par beaucoup de cinéastes comme étant tout simplement impossible à réaliser. C'est en 1920 que paraîtra Le Temps de l'innocence, pour lequel Edith Wharton recevra le prix Pulitzer. En 1923, elle sera la première femme à être faite Docteur honoris causa de l'Université de Yale. Mais elle pourrait aussi bien être un auteur de ce siècle et nous raconter une histoire similaire. La vie nous désigne parfois le chemin du coeur mais - et ce quel que soit le siècle - la mécanique des conventions, l'esprit de clan et la convergence d'intérêts qui parvient à étouffer les différents, nous amènent à sacrifier un chemin au profit d'un autre. Et lorsque nous nous retournons, nous sommes tous un peu Newland Archer dans "the Age of innocence". © 08/01/07 |
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"On peut répandre la lumière de deux façons : |