Les "tribunations" de Frankie

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Frankie fait son cinéma


«Au début du 21ème siècle, la Tyrell Corporation a permis à la robotique d'entrer dans la phase Nexus. La fabrication d'un être identique à l'homme est connu sous le nom de "Répliquant". Les Répliquants sont d'une force et d'une agilité supérieures à celles de leurs généticiens et d'une intelligence au moins égale. Ils sont utilisés comme main d’œuvre pour les travaux dangereux lors de l'exploration d'autres planètes. Après la mutinerie d'une équipe de combat Nexus 6, dans une colonie de l'espace, les Répliquants ont été déclarés illégaux sur terre et passibles de la peine de mort. Des brigades de police spéciale "les Unités Blade Runner" ont reçu l'ordre d'abattre tout Répliquant ayant pénétré sur terre. Il ne s'agit pas d'une exécution. Le terme employé est "retrait."»

C'est ainsi que commence Blade Runner, l'un des plus grands films de Ridley Scott, réalisé en 82, film culte pour une génération de cinéphiles, dont l'histoire est librement inspirée du roman "Do Androids Dream of Electric Sheep ?" écrit par Philip K. Dick en 1966.

Univers oppressant avec tous ces gratte-ciel sombres éclairés sporadiquement par la lumière des néons publicitaires, et il y la pluie, les embouteillages et le " cityspeak " qui participent à donner une impression de profond malaise. Pour créer cette atmosphère à la limite de la mélancolie, Ridley Scott a apporté un soin particulier à cette noirceur "opalescente", nuancée de ce bleu qui lui est si familier. Et pour servir magnifiquement ce film, la musique obsessionnelle (envoûtante) de Vangelis, mélange de classique et de synthétiseurs.

Nous sommes à Los Angeles, en novembre 2019. La terre est viciée en raison de guerres radioactives. La quasi-totalité de la faune et de la flore a été anéantie et le gouvernement encourage le départ vers Mars en cours de colonisation. Un robot androïde (répliquant) est offert à toutes les personnes qui s'exilent. Considérés comme des esclaves modernes, ils sont aussi utilisés pour des travaux dangereux. Leur durée de vie a été limitée à quatre ans pour éviter qu'ils développent tout sentiment humain.

Rick Deckard (Harrison Ford), un Blade Runner désabusé, un brin cynique, a pour mission de trouver et de retirer quatre répliquants évadés d'une colonie de l'espace dont le chef est Roy Batty (magnifique Rutger Hauer). Les androïdes sont mus uniquement par leur recherche de la vérité et essaient de trouver les explications sur eux-mêmes dans une profonde quête initiatique. Quant au héros, il en apprend progressivement plus sur lui-même au contact de ces humanoïdes dont "l' humanité" est parfois plus forte que celle des Blade Runners.

Il y a la rencontre de Deckard avec Rachel, une androïde dernier modèle de perfection qui ignore tout de sa nature de répliquante, agitée par des souvenirs qui ne sont pas les siens, désespérée d'être si peu et si totalement humaine, et dont le Blade Runner va tomber amoureux. Roy Batty qui donne le "baiser de la mort" à son père spirituel, le symbolisme religieux attaché à Tyrell (Dieu ?) et ses répliquants (les anges déchus), leurs chutes des cieux (l'off-world), Zhora magnifique danseuse érotique qui a pour partenaire un serpent et qui court pour sauver sa vie, tombe sous les balles mais se relève encore et encore. Instinct de survie si propre à la nature humaine.

Et puis l'affrontement final entre Deckard et Roy : étrange scène que celle qui oppose le Blade Runner au Répliquant. Harrison Ford est suspendu dans le vide, sous le regard implacable de Rudger Hauer qui tient une colombe dans la main. Le répliquant qui sait que son heure est venue et qui fournit un dernier effort pour venir à la hauteur du policier. "Drôle de sensation que de vivre dans la peur... C'est ça être un esclave", lui dit-il de ce regard bleu si dur et pourtant si humain. Puis à l'instant où le Blade Runner lâche prise, le répliquant le rattrape. Roy s'est assis en tailleur, il tient toujours la colombe à la main, la pluie lui dégouline sur le visage : "J'ai vu des choses que les gens ne croiraient pas : des vaisseaux enflammés sur l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayonnements cosmiques près de la porte de Tannhauser. Tous ces instants seront perdus dans le temps comme les larmes se perdent dans la pluie. It's time to die..."

Blade Runner a plus de vingt ans, et il est toujours d'actualité. Pour ceux qui ne l'ont pas vu ou pas revu depuis longtemps, il est temps, car ce film pose ses intentions sur l'humanité de façon cohérente et ce n'est pas si souvent qu'une oeuvre nous amène on the borderline de l'âme humaine.

© 22/12/06





 "T'endors pas, c'est l'heure de mourir."
Extrait de Blade Runner